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mardi 18 août 2009

Enseignement économique et financier

Petit silence de quelques semaines car les vacances ne sont pas des choses qui se laissent s’interrompre facilement.

Pas de nouvelle majeure non plus, si ce n’est que j’ai découvert qu’un de mes très nombreux cousins est gay. Sur plus de cent personnes, nous sommes donc deux, c’est bien. Il a 14 ans, considère qu’il a déjà eu trois histoires « sérieuses » après s’être fait dépucelé par un mec de 27 ans. Il ne décroche jamais du téléphone (qu’il décroche tout le temps, lui) et vie une période tourmentée dans son microcosme familial. La routine, quoi.

Ne pouvant publier sans donner une once d’intérêt à ces quelques lignes désopilantes (ah ah ah…), je vous invite à regarder la vidéo qui suit. Elle explique de manière tout à fait ludique et de façon accessible à tous ce qu’est l’argent-dette, c'est-à-dire l’argent qui n’existe pas, c'est-à-dire l’argent que vous avez dans votre porte-monnaie ou sur votre compte en banque. C’est terriblement intéressant, instructif… et inquiétant. Ça donne aussi tous les instruments pour largement relativiser les soi-disant efforts de madame Lagarde pour nous protéger de l’action des méchants traders fous et de leurs bonus sataniques. Je vous accorde que la vidéo est un peu longue mais croyez-moi, elle est captivante (donc pas longue à regarder) et absolument incontournable. Bref, je ne saurais jamais assez vous conseiller de la visionner. Votre avenir financier en dépend.


http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=20964

mardi 2 juin 2009

Féria et corrida

Avant de commencer à lire, une petite musique de fond s’impose…
http://www.deezer.com/track/1348102

Si vous aviez été à la féria de Nîmes, ce week end, vous auriez pu m’y croiser (ou pas). L’événement a la même dénomination que les beuveries de Bayonne (ce qui me semble être un titre plus proche de la réalité pour ces festivités du sud-ouest) mais les férias de Nîmes sont des fêtes beaucoup plus traditionnelles.

Nîmes n’est pas la ville française la plus proche de l’Espagne. Cependant, la « cité au crocodile » possède une tradition hispanique forte (ainsi que camargaise, romaine, provençale…). Aujourd’hui, une des traces de cette identité repose sur la corrida. Il s’agit d’un spectacle où l’homme défie le taureau et l’affronte dans un combat à mort (en bons professionnels, les matadors gagnent souvent le duel). Chaque année, deux férias sont organisées à Nîmes, une au début de l’été et l’autre en septembre, pour les vendanges. La corrida a une position centrale et de nombreux éléments liés à elle se répandent dans la ville. Nombreuses sont les bandas dans les rues. Ce sont des sortes de groupes musicaux typiques dont les airs sont directement issus de ceux joués par la troupe qui accompagne musicalement le torero dans l’arène. On trouve aussi un peu partout des danseurs et danseuses de sévillane et de flamenco. Ça et là, des clins d’œil aux taureaux, aux banderilles, à l’habit si particulier des toreros. Tiens, en parlant de ça, vous l’avez vu, ce costume ? Tous les toreros ont une posture cambrée tout à fait exagérée car ces hommes ont un égo plus développé que celui de Miss Royal et Mister Sarko réuni ! Mais, au-delà de la posture, regardez le pantalon : ça leur moule les fesses, c’est totalement indécent !!! Heureusement, les toreros n’ont pas souvent un joli visage, il y a une justice sur terre… Enfin, la féria est un moment de réjouissances et les rues se couvrent de monde le soir venu, badauds allant déguster une gardianne de taureaux faite avec les morceaux des bêtes tombées dans l’arène (il s’agit d’une daube, c’est excellent) ou, plus nombreux, des milliers de gens s’offrant mutuellement pastis, bière, sangria ou autre. Contrairement aux fêtes de Bayonne, les soirées nîmoises sont plutôt bon enfant et très peu de gens se retrouvent aux urgences (même si quelques rixes sont inévitables et qu’on n’est jamais à l’abri d’un con fin bourré). De mémoire, l’année dernière, il y a eu une dizaine de personnes blessées sur plusieurs millions de visiteurs…

Je dois maintenant vous parler de la corrida elle-même. La corrida fait parti des débats « pour ou contre ». Les arguments des gens anti-corrida sont souvent les mêmes et sont assez connus : traitement inhumain et cruel, l’animal souffre... Ajoutez à cela les codifications de la corrida qui peuvent parfois sembler barbare (il est vrai que récompenser le matador en lui offrant les oreilles et la queue fraichement découpées sur la bête vaincue peut choquer la sensibilité des plus sensibles). Il me faut vous expliquer un peu plus la corrida afin de vous débarrasser des idées fausses sur le sujet.

Tout d’abord, le déroulement de la corrida (et on change de musique :
http://www.deezer.com/track/1866144).
Normalement, chaque corrida présente trois toreros qui passeront deux fois chacun. A raison de 20 minutes par taureau, le spectacle dure donc plus de deux heures. Celui-ci est présidé par trois « juges » qui composent la présidence. C’est elle qui décidera à la fin de chaque représentation si le matador mérite récompense (les fameuses oreilles et la queue). En fait, le public dispose d’une oreille : si le spectacle lui a plu, il peut, à la fin, agiter un foulard blanc pour le signaler et la présidence doit alors céder une oreille au torero. L’autre oreille et la queue (pour les présentations particulièrement extraordinaires et donc particulièrement rares) sont à sa disposition (même si le public met souvent la pression sur elle pour qu’elle cède la deuxième oreille quand la première est tombée).

La corrida est extrêmement codifiée et je ne connais pas toutes les subtilités du combat mais je peux donner quelques informations sur les différentes étapes. La première, c’est l’arrivée du taureau dans l’arène. Celui-ci a été présentée par un panneau qui indique notamment son poids et son éleveur (qui met sa réputation en jeu par les bêtes qu’il propose). Le taureau doit être combatif, aux cornes parfaites et intactes, en lyre, symétriques. Si le taureau montre des signes de faiblesse, de combativité, de défaut sur les cornes ou tout autre problème lié à sa vaillance, il peut être renvoyé en coulisse : on veut un taureau à la hauteur de son adversaire ! Ainsi, vous pouvez constater que le taureau est choisi notamment sur ses capacités de combat et donc il lui est donné des chances de s’en sortir !

Deuxième étape : les picadors entrent en scène. Les picadors sont des hommes à cheval avec une longue lance. Le taureau doit charger le cheval qui est très protégé sur un flanc et dont les yeux sont bandés. Pendant que le taureau donne des coups de corne dans la protection du cheval, le cavalier plante sa lance dans la nuque de la bête. L’objectif est de couper un tendon pour que le taureau ne puisse plus relever la tête et encorner le torero. Si c’était le cas, ce dernier n’aurait aucune chance. Quand au cheval, il y a un risque qu’il se fasse encorné sur son flanc non protégé mais il arrive aussi que le taureau, en donnant des coups de corne, fasse décoller protection et cheval à la fois. Ces événements sont cependant très rares. Je glisse au passage que les toreros sont vraiment très attachés à leurs montures, l’union entre les deux êtres est énorme. La corrida équestre où le torero est toujours à dos de cheval et va toréer le taureau en utilisant sa propre monture comme cape en est la preuve ultime : la complicité totale entre l’homme et le cheval permet de défaire le taureau.

Troisième étape : les « hommes de main » du torero, les péons, vont planter les banderilles. Le torero peut décider de le faire lui-même : il a le contrôle total de son équipe et de la gestion de la corrida. La passe est très codifiée et la règle principale est la suivante : l’homme doit s’approcher du taureau de face et, lorsque le taureau le charge, sauter pour lui planter les banderilles (bâtons décorés avec un crochet au bout) sur le dos. Les banderilles doivent être accrochées alors que l’homme est littéralement dans les cornes de la bête !!! Je n’arrive pas à comprendre d’un point de vue objectif comment l’homme arrive à se sortir des cornes mais force est de constater qu’il y arrive. Le danger est toutefois énorme et le mouvement remarquablement esthétique. Pour les âmes sensibles, sachez que les banderilles sont plantées dans une zone très peu innervée du taureau, ce qui limite la douleur mais énerve l’animal… Cette étape est donc remarquablement belle et le taureau est à armes égales avec l’homme qui l’approche.

Quatrième étape : le torero fait son entrée avec une cape. On dit que les taureaux n’aiment pas le rouge mais c’est le mouvement qui leur déplait. La cape est donc régulièrement rose et jaune… L’objectif du torero est de présenter la cape au taureau pour qu’il la charge et qu’il la suive. Une belle passe consiste à avoir la tête du taureau dans la cape, donc dans la main droite, et de toucher sa croupe avec la main gauche. L’appréciation repose en général sur la capacité du torero à tromper le taureau tout en le laissant s’approcher le plus de lui. Le danger est grand mais la satisfaction du contrôle sur la bête d’autant plus appréciable. Si la tension est importante, la présidence peut demander à la fanfare de l’arène de commencer à jouer sa musique. Le moment devient alors magique et, si la chose est bien faite, il est difficile de ne pas broyer le bras de son voisin par nervosité.

Cinquième et dernière étape : la mise à mort. On appelle alors matadors le torero qui va porter l’estocade. Étonnamment, tout le monde peut sentir que le taureau accepte la mort et le duel final, en one shot. Taureau et matadors se font face. Le matador tient une épée et une cape rouge dans une position caractéristique. C’est lui qui, en bougeant d’un geste sec la cape, déclenche la charge du taureau. Au moment où il arrive sur l’homme, celui-ci bondit en avant et plante l’épée dans l’échine de la bête. En effet, il y a là un trou de la taille d’une pièce de deux euros qui permet d’atteindre les organes vitaux. Une belle mise à mort consiste donc à enfoncer l’épée jusqu’à la garde dans cet orifice… Pour accélérer le processus et abréger les souffrances de l’animal, l’épée est ensuite retirée et des capes sont éventuellement agitées devant lui pour le faire bouger. Il arrive que le matador se place face au taureau mourant et le remercie. Il est clair dans la tête du torero que ce qu’il a, il le doit à son ennemis. D’ailleurs, on y songe peu mais les gens de la corrida sont tous des gens qui aiment et respectent profondément les taureaux. Bref, l’animal tombe sur ses genoux avant puis s’allonge sur le flanc. Pour arrêter l’agonie de manière certaine, un péon va planter un petit couteau dans la nuque de la bête, juste derrière le niveau des cornes. La mort est alors subite et définitive.

Le taureau est trainé par un attelage hors de l’arène. En fonction de la bravoure qu’il a montrée, les acclamations du public peuvent être très importantes et la présidence peut demander à ce que l’attelage fasse faire un tour de piste au taureau. C’est une manière de saluer son ennemi, le respect de l’animal étant toujours présent. Si le taureau était vraiment remarquable, il aurait même pu être gracié par la présidence juste avant la mise à mort. Le matador porte alors une estocade symbolique en posant sa main là où l’épée aurait dû pénétrer. Au contraire, il arrive que le matador rate la mise à mort. Personnellement, à ma première corrida le matador a essayé quatre fois de porter l’estocade sans résultat. Il a ensuite essayé de tuer l’animal grâce au couteau planté dans le coup. C’est à la cinquième reprise qu’il y est parvenu. Le public était outré de voir une telle boucherie. Le matador a eu droit à une bronca énorme : sifflets, cris, injures. La corrida n’est pas un lieu de barbarie et le matador est reparti la tête bien basse, honte suprême pour sa condition. Ainsi le taureau peut recevoir les honneurs et le matador être totalement déshonoré.

J’espère que cette description de corrida éclaire mieux la chose dans vos esprits. Je comprends qu’un combat à mort puisse ne pas plaire mais il est totalement injuste de dire qu’il s’agit là de cruauté et de barbarisme. Sachez que les taureaux sont ensuite envoyés dans les restaurants autour de l’arène pour être mangés (la viande que vous avez dans vos assiettes, un jour, était vivante). Sachez aussi que les taureaux qui sont choisi pour la corrida sont sélectionnés sur leur vaillance. Ils ont donc une qualité de vie bien meilleure que leurs congénères destinés à l’abattoir. Ces taureaux sont choyés, respectés et aimés. Peut-être cette dernière constatation, inimaginable sans explication, changera l’idée que vous avez de la corrida. Olé !

mardi 19 mai 2009

La minute de Pavel

Vous ais-je déjà parlé de Pavel Morozov, le « pionnier-héros numéro 001 de l’Union Soviétique » ? Non, bien sûr, puisque je ne connais son existence que depuis hier. Arrangeons tout de suite cette lacune historique temporaire.

Pavel Morozov est né en 1918 et mort en 1932. Issu d’une famille de paysans russes de la région du mont Oural, il était le fils aîné du chef du village. Lui-même était pionnier, c'est-à-dire membre de l'organisation des jeunes communistes de l’URSS.

Le père de Pavel était responsable du soviet local et, en tant que tel, était en relation avec les plus hautes autorités du pays. Vers 1931-1932, la famine frappe le pays et les bolcheviks réquisitionnent la nourriture. Or Pavel soupçonne son père de dissimuler du grain à l’État et de couvrir des condamnés à l’exil. Il le dénonce donc à la police secrète qui arrête son paternel et l’envoie en déportation. Les autres membres de la famille, notamment son grand père paternel (Sergueï), décident de venger le déporté en tuant le fils. Finalement, toute cette petite troupe de justiciers est arrêtée, jugée et exécutée en tant qu'ennemis du peuple.

Bien sûr, cette histoire est du pain béni pour les autorités communistes qui firent de Pavel Morozov un martyr et un héros. Son titre officiel devint « pionnier-héros numéro 001 de l’Union Soviétique ». L’État en fit un exemple pour tous les pionniers russes et la jeunesse de l'Union Soviétique en donnant son nom à des écoles, en lui érigeant des monuments, etc. Une statue lui était élevée à Moscou et un chant exaltait même son histoire. Cette proclamation dura plus de 60 ans et la morale affichée était la suivante : il faut vivre pour l’État et non pour sa famille, avec un fort relent de délation et de dénonciation anonyme.

Jusqu’ici, vous me direz que vous ne voyez pas bien l’intérêt de cette histoire. qui ressemble à d'autres qu'on vous a déjà raconté. Vous avez raison : la partie croquante commence à partir d’ici.

Pavel n’a jamais été pionnier. Il n’y avait d’ailleurs aucune structure de pionniers dans son village. Il savait à peine lire et écrire et n’avait aucune conscience politique solide. Pavel n’a pas non plus dénoncé son père mais plutôt son grand-père, à cause d’un différent. Ceci dit, il n’a jamais commis l’acte de trahison qu’on lui attribuait.

Pavel a bien été tué mais absolument aucune preuve n’a été trouvée pour appuyer la culpabilité de la famille de Pavel, mis à part quelques citations de Staline (hum hum…). Cette dernière fût néanmoins torturée et condamnée à mort. En fait, il est possible que toute cette histoire fût montée par les services secrets soviétiques uniquement dans un but de propagande. Pavel a été présenté comme pionnier pour que sa famille passe pour une bande de terroristes politiques. Il est même possible que ce soit la police secrète elle-même qui ait assassiné Pavel afin de créer son image de martyr.

Quand j’ai vu la photo de Pavel Morozov, avant de lire sa biographie, j’ai eu un réflexe intérieur de répulsion dégoûtée face à son image. A présent que je connais davantage la manipulation qui a entouré sa vie – et sa mort – je ressens une sorte de gène en moi en le regardant, pour l’avoir jugé trop vite et bien mal. Ce n’était qu’une faible victime et je me suis fait avoir par la petite phrase qui était associée avec la photo, « pionnier-héros numéro 001 de l’Union Soviétique ». Je suis formaté et prêt à cracher sur une victime...

dimanche 19 avril 2009

La photographie est un art

Week end plaisant. Commençons par une minute culture.

Je suis allé voir l'exposition Controverses samedi. C'est une expo organisée par la BNF (Bibliothèque Nationale de France) au site Richelieu, rue Richelieu. J'ai donc déjà pu découvrir que la BNF n'est pas seulement cantonnée au célèbre site François Mitterrand.

Arrivé sur place, je me suis rendu compte que ce site est un ancien "Hôtel" parisien (comprenez une habitation noble datant de l'époque royale). C'est donc une belle construction et, après l'avoir pénétrée, j'ai déambulé dans les couloirs pour admirer les nombreux bustes, les majestueux escaliers et les imposantes grilles intérieures... jusqu'à la Salle Ovale. Elle était magnifique ! Pleine de lumière alors que le temps était maussade, l'impression d'espace est absolument apaisante. Paris ne manque pas de secrets...

Après ma petite promenade, je suis enfin arrivé à l'exposition proprement dite. Il s'agir d'une cinquantaine de photographies sources de controverses, de 1840 à aujourd'hui. Par ci, la comparaison entre la photo d'Anastasia Romanov, Fille de Nicolas II, tsar de toutes les Russies, et les photos des fausses Anastasia qui ont tenté de se faire passer pour la princesse (je vous suggère d'ailleurs d'aller voir l'histoire sur Wikipédia, c'est passionnant). Par là, des photos de filles pré-pubères nues qui posent la question de la limite de l'obscénité d'un cliché. Quelques photos de guerre, notamment des camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale et des enfants vietnamiens brûlés au napalm par les américains. Ici, quelques photos retouchés pour la propagande de l'URSS. Plus loin, une main et l'avant bras déchiqueté retrouvés sur le trottoir après l'effondrement de la première Twin Tower le 11 septembre (j'ai failli vomir en voyant la chaire). Et la fameuse photo Benetton du baisé que je trouve magnifique.


Bilan de cette visite : je suis ravi. Contrairement à la rétrospective sur David La Chapelle, les photos présentées sont pour la majeur partie loin d'être belles. Cependant on peut se faire une idée de l'évolution de la photographie depuis sa création. Autre point : je dois dire que je connais très peu la photographie et c'est vrai que cet art me laisse de marbre quant à sa réalisation (quelques photos présentées font d'ailleurs référence aux événements qui vont décider de qualifier la photographie d'œuvre d'art). Toutefois, je suis reparti en songeant que la photo a un pouvoir extrêmement puissant. Celui-ci ne passe pas forcément par ce qui me touche dans un tableau mais il se matérialise plutôt dans la prise de conscience par la visualisation. Après cette réflexion, la valeur de la photo est donc remontée dans mon estime !

samedi 14 mars 2009

Un peu d'histoire...

Suite au précédent post, je voudrais vous présenter Le roi Mithridate VI du Pont. Celui-ci n'est pas mort d'une manière aussi horrible que le précédent (voir l'article sur la torture) mais ça mérite quand même d'être raconté.

Ce roi a vécu environ un siècle av. JC en Asie Mineure. Il perd son père à l'âge de 11 ans, assassiné sur les ordres de sa mère qui commençait à trouver que le vieux mettait décidément trop de temps à mourir. Par la même occasion, elle prend le pouvoir et devient sultane. Comprenant que son fils risque de grandir trop vite, elle ne cherche pas, comme d'autres après elle, à le faire tuer par le garde-chasse mais décide de s’en charger elle-même. Résultat : une tentative d’empoisonnement et un accident raté.

Mithridate décide alors de s'éloigner d'elle et part vivre dans la montagne. Craignant encore un empoisonnement, il immunise son corps en absorbant de petites doses de poison chaque jour, ce qui a donné le verbe "se mithridatiser". Il revient après 7 ans d'exil, épouse... sa sœur et arrache par ruse, puis par force, son royaume à sa mère (et en profite pour la tuer).

Mithridate lance une petite expansion de son royaume, largement étriqué par feu sa mère, sans que les romains ne s'en inquiètent. Quand ceux-ci décident d'annexer l'Asie Mineure, il s’est déjà habitué à se prendre pour Alexandre le Grand (excusez du peu), à tel point qu’après avoir instauré une sorte de protectorat sur la Grèce, il se proclame champion de l’hellénisme, copie Alexandre, porte la tunique à la grecque et dort même dans le lit d’Alexandre – très douteux, ce dernier point. La guerre avec Rome est lancée, Mithridate supprime les quelques romains sur place, va jusqu'à Athènes et là, il se fait totalement laminer par le général romain Sylla. Il retourne donc chez lui, trouve des révoltes fomentées par Sylla et doit fuir. Première débâcle, signature d'un traité de paix. il reprend cependant les hostilités dès que l’occasion se présente, c’est-à-dire tout de suite.

Le roi Mithridate semble de plus en plus barbare, il utilise les pirates contre les romains. Pompée écume alors les mers d'Asie Mineure et il doit à nouveau fuir. Deuxième chute.

Les populations locales marchent plutôt dans le sens de l’Histoire et ont compris qu’elles ont tout à gagner d’une pax romana. Elles soutiennent donc de moins en moins Mithridate. De plus, celui-ci est trahi par le seul fils qu’il n’a pas fait tuer (ce qui est ballot quand on sait qu'il a supprimé son frère, trois de ses fils et trois de ses filles. Moralité : toujours finir le boulot commencé). Mithridate fait front, livre bataille contre les Romains et perd : ses cavaliers ont été égorgés dans la nuit jusqu’au dernier par les légionnaires de Pompée. Il doit s’échapper à cheval avec sa concubine, habillée en soldat. Troisième camouflet.

Finalement, ses sujets se révoltent (vu le nombre de défaites, on peut les comprendre) et décident de couronner son fils, Pharnace. Celui-ci tente immédiatement de neutraliser son père afin de garder le pouvoir. Ce dernier décide de se suicider et tente de s'empoisonner... en vain, bien sûr, immunisé comme il l'était ! Il fut donc réduit à se faire égorger par un eunuque, sa dernière humiliation. Pour lui éviter d’être prise par les Romains, il fait auparavant poignarder sa fille Drypetina, une sorte de monstre avec 2 rangées de dents à chaque mâchoire et qu’il a manifestement beaucoup aimée. Son gynécée est forcé de s'auto-supprimer aussi sur son ordre, ainsi que ses deux sœurs, etc.

Moralité : quand tu penses avoir tout faux, pense à Mithridate et le ciel devient bleu.

vendredi 13 mars 2009

L'imaginaire sans limite

J'ai lu il y a peu quelques articles sur Wikipédia. Je passe beaucoup de temps sur ce site, à naviguer de page en page, avide de nouvelles informations saugrenues, surprenantes, sensationnelles, subtiles, sulfureuses, savantes, scientifiques, etc. J'ai donc consulté les articles se référents aux tsars et tsarines de 1600 à 1917, aux grandes batailles navales de l'histoire, au voyage hors-corps, à la schizophrénie, à l'empire romain, au crochetage de serrure (si vous pouviez me voir dans mon bureau, en train d'essayer d'ouvrir une porte non verrouillée avec un fil de fer, c'est... original !), etc.

Je suis aussi passé sur le thème "Torture". Je vous épargne les liens vers le Marquis de Sade ou le bondage, je ne risque pas de vous apprendre grand chose. Par contre, il y a quelques méthodes de torture dont je n'avais jamais entendu parler et qui m'ont énormément surpris. Ça vaut le détour...

Pour les âmes sensibles, il vaut mieux ne pas poursuivre la lecture de ce post. Vous êtes prévenu.

Je ne vous parlerai pas de la Vierge de fer, sarcophage à pointes dans lequel on perçait les victimes jusqu'à ce qu'elle se vident entièrement de leur sang, ni du fauteuil à pointes de l'inquisition qui fonctionne sur le même principe, ni encore du pal (qui devait tout de même être introduit par le rectum pour ressortir par la bouche, pour être bien pratiqué). Je ne vous dirai rien sur la poire d'angoisse, sorte de boule métallique qui peut se dilater dans un orifice (comme la bouche pour faire taire les cris désagréables pour le bourreau). Je passerai sous silence l'écorchement qui consiste à supplicier quelqu'un en lui enlevant la peau. Pas un mot sur le supplice chinois et ses 8 couteaux pour évider les seins, entailler les biceps et les cuisses, couper les coudes et les genoux et enfin trancher la tête.

Non, je préfère vous parler du scaphisme. Le mot semble très philosophique et on va se rendre compte que la victime a effectivement le temps de réfléchir au sens de la vie...

Mithridate est un homme qui a exécuté le frère ennemi du roi de Perse Artaxerxès II. Le roi, vert de rage qu'on lui ait retiré ce fait d'arme (même pas content qu'on lui rende service, le vieux !), le condamne. Moyen de mise à mort : le scaphisme. L'imaginaire humain est sans borne, accrochez-vous on y va... La victime est enfermée, assise dans un tonneau dont il ne dépasse que les pieds, les mains et la tête. Ça commence plutôt bien puisqu'il est question de donner à manger au supplicié (voir de le gaver). Si la victime refuse, on est autorisé à lui planter des alênes (les tournevis d'autrefois) dans les yeux. En tirant vers le haut, ça ouvre la bouche... Une fois que la victime a bien mangé, on lui donne à boire du miel délayé avec du lait. Si ça coule sur le visage, c'est intéressant, ça aide à pourrir et à attirer les mouches. Pendant ce temps, la victime au ventre bien rempli voit le besoin de se soulager pour des raisons fort naturelles que nous connaissons tous. Elle n'a pas d'autre choix que de le faire dans son tonneau. Les Excréments venant à pourrir, les vers se développent dedans et rongent la victime jusqu'à ce que mort s'en suive. Le pauvre Mithridate survécu 17 jours à ce traitement avant de rendre l'âme.

M'enfin, on aurait quand même pu l'attacher à un poteau et l'enduire de miel pour qu'il meurt des piqures d'abeilles et de moustiques, comme les autres. Ça aurait fait gagner du temps à tout le monde...